L’inspecteur Jako reprend du service et traverse le monde au fil de l’eau pour retrouver le Bonhomme Bleu Marine qui l’aidera à assainir le liquide saumâtre qui coule au robinet dans le bocal du...L’inspecteur Jako reprend du service et traverse le monde au fil de l’eau pour retrouver le Bonhomme Bleu Marine qui l’aidera à assainir le liquide saumâtre qui coule au robinet dans le bocal du poisson de Papillotte… Voilà qui laissera de marbre tous les adultes sérieux mais réjouira les petits qui, depuis 1998, suivent les tribulations du trublion Jacques Haurogné, qui promène les Fabulettes sur toutes les scènes de France et de Navarre. Avec son complice Thierry Garcia – l’inénarrable Ducorbo – il a choisi, parmi les quatre cents chansons pour enfants d’Anne Sylvestre, les « marines », pour composer un spectacle frais et sympathique à savourer à partir de six ans.
Le poisson rouge de Papillotte est devenu vert de rage, d’écœurement et de dépit depuis que l’eau dans laquelle il batifole est polluée. Papillotte a beau avoir une « tête de linotte », elle a tout de même assez de jugeote pour appeler à la rescousse son ami Jako. Celui-ci part à la recherche du Bonhomme Bleu Marine, que tous les indices désignent comme celui qui connaît le secret de l’eau et qui pourra rendre au poisson rouge sa couleur initiale. Croisant « la petite rivière », Virginie, qui connaît le chemin qui conduit à la mer, Jako et son complice Ducorbo mènent à bien leur enquête et se voient confier une mission destinée à tous les enfants : sauver la mer, ne pas la transformer en poubelle et parier sur un avenir écologiquement vivable.
Entre rouge et vert, comme le poisson et comme les engagements qui apparaissent en filigrane dans nombre de textes d’Anne Sylvestre qui a toujours eu la liberté pour guide et la mer comme horizon, Jacques Haurogné propose un spectacle pour enfants pas très sages, qu’il invite à la révolution et aux manifs rigolotes sur le thème de la survie du genre humain. A entendre les paroles d’Anne Sylvestre, on se prend d’ailleurs à rêver que les parents les écoutent aussi attentivement que leurs rejetons : « pas de médicaments », « la ville aux enfants », « balaie l’eau » sont autant de textes politiques et éthiques qui sous leur aspect délirant, ludique ou poétique, affirment haut et fort la possibilité d’un monde meilleur où les hommes se respecteraient mutuellement en protégeant la nature.
Cela étant, cet évident second degré ne doit pas faire oublier que le propos de Jacques Haurogné est loin des idéologies austères, et que l’artiste ne confond jamais scène et tribune politicienne. Il suggère, drôlement, gentiment, avec humour, et fait passer ses messages d’humanité en douce, avec intelligence et légèreté, louant la mer et ses vertus comme pour rappeler que l’iode est le meilleur vaccin contre le crétinisme…
Devant un grand écran blanc où lumières et projections suggèrent l’ambiance de chaque Fabulette, il chante, parle, danse, saute, glisse en rollers, taquine Ducorbo qui le soutient de sa guitare et lui donne la réplique. Thierry Garcia joue les clowns blancs et le duo que forment les deux compères est fort réjouissant.
Techniquement, le spectacle est impeccable : musique, chorégraphie et voix sont de qualité et le rythme de la mise en scène (à laquelle a participé Anne Sylvestre) est enlevé et dynamique. Quant à l’efficacité théâtrale de l’ensemble, il suffit d’entendre les enfants pour s’en convaincre : ils chantent, participent, rient, crient de bon cœur et avec bonne humeur, entièrement captivés par les aventures de Jako et tout à la joie de le seconder dans sa quête. Un spectacle gai et enjoué, à chaudement recommander aux enfants comme aux adultes que guette la morosité !
Catherine Robert |